Da zorn

War da vronn,

Da zorn

O waskan da vronn,

Da laezhañ ac’hanomp.

Gant da zorn

Pevar biz,

Gwaskañ a rez

Da vronn,

Evidomp.

Hag e red ‘barzh hor henoù

Da laezh ha da zaeroù :

Hor c’halon ’zo leun a vezh,

Hor c’hounnar a kroz ennomp !

Da zorn d’ar biz troc’het,

War hor penn,

A flour hor blev du,

Rouz, melen, ha... gwenn.

E pleg hon skouarn,

Te lâr’ deomp-ni :

Bugale !

Gortoz hep kasoni !

Rag arc’hoazh, dre ho perzh,

Adarre 

E vo va dorn a-bezh !

                P. Coadou

 

à Antoine EMAZ 

Des mots
Comme des vagues non préparées
Qui ondulent…

Des mots
Et des rebords de fenêtres
Et du vide…

Des mots
Sous l’aplat des étés
Couleur d’air…

Des mots,
Un bruit d’eau dans la gouttière
Du silence.

Des mots,
Une lumière glacée qui renvoie
Le soleil…

Des mots
Et la boue lourde du temps
Dans la marge.

Des mots
Dans les banlieues des corps
Dans la zone…

 Des mots

Qui parcourent les temps mous
Du plus tard…

Des mots
Tendus dans un ciel bleu pâle
Face aux murs…

Des mots
Comme pioches et pics qui parlent
Aux étoiles…

Des mots
Prisonniers du fatras du réel,
Peu d’espoir…

Des mots
Et un matin de mémoire d’eau
Et rien d’autre…

Des mots
Qui font des poèmes comme des pierres…
Murs et ruines…

Des mots…
Le silence des muets
D’avant les mots…
Au fond du vent,
« Un vent de mots qui poisse ».

                   Philippe Jacquemin

 

Il y aura toute une enfance et la maison,

Croisées d’amour et pomme rouge en la saison.

Il y aura des vacances et de la pluie,

Aussi un âtre avec l’hiver et de la suie.

Il y aura la mer et des châteaux de sables,

Une solitude, des panoplies minables.

Il y aura le printemps au clair d’une vie

Et des marchands forains faisant naître l’envie.

Il aura, plus loin, des visages défaits

Et des larmes, peut-être, dues à des méfaits.

Il y aura la sècheresse et les navires

Avec des champs de blé offert aux vents qui virent.

Il y aura la haine, une vraie couverture

Et des portes d’écume au fond de la froidure.

Il y aura des mots, des mots durs, des mots doux,

Des trous noirs et les mots de René-Guy Cadou.

                                                                  Philippe Jacquemin

 

  Georges Perros et les coulisses
  Yvon le Men en homme libre
  Des mots sonnent et tonnent

  Padrig Moazon et ses frères
  Glaodina Provost et le renouveau
  Des criques et une présence celte

                        P. JACQUEMIN

E porzh pavezet,

Kuzul an departamant e Naoned,
Ez eus  bet savet ur wezenn dispar,
Ur wezenn wenn,
Ledan hag uhel e c'hef,
E brankoù kaled ha hir
Goloet a gant mil follenn-baper,
War pepheni ur sinadur.

Ar wezenn-mañ,
A-boan diwanet,
A oa dija kondaonet :
Prest da droc'hañ anezhi,
mestr al lec'h en deus lakaet 
Ur vouc'hal lemm
E dorn pepheni 
Euz e vevelion.

Piw a skoio
An taol kentañ ?

A-dreñv kaelioù

Kuzul an departamant

En em vod ur bobl,
Hag a sell didrouz,
Douzh dañs-tro ar vevelion
E-harzh ar wezenn.

Piw a glevo
An arneñv o tont ?

Kant mil sell,
'Dreuz ar barrennoù,
A lak al lakizion da zinerzhañ.
Chom a reont arsav, nec'het :
Ur morad tud dirazo,
A youc'h a-unvouezh :
"Demokratelezh !"
"Demokratelezh !"
"Demokratelezh !"

        P. COADOU

 

La rosée s'est déposée  sur les ajoncs.
La plage et la falaise sont baignées de brouillard.
Mon verre s'emplit du matin qui me vient.

 Viens
les ombres ne s'étalent pas,
Le soleil ne nous voit pas,
La lumière se difracte...

Prisme
Qui se déchire dans le fond de mes yeux.
Je ne vois plus la mer
(Des nappes de mazout ou des ports de plaisance.)

 Sur la falaise rampent,
En langues de vipères insidieuses et perfides,
Les bandes de goudron défigurant la lande.
La rosée ...pleurs d'ajoncs...
Et le brouillard/linceul...
Mon verre s'est emplit du matin qui me vient..

 Viens:
Les ombres ne s'étalent pas,
Le soleil ne nous voit pas,
La lumière se décompose
Comme un pays ENTERRE.

             Philippe JACQUEMIN